Juste en attendant (nouvelle)

I have always had a slight obsession with France; for as long as I can remember it has always been “My Favourite Country” and when I was about 11 years old I constantly wore a beret because I desperately wanted to be French and I had an impressive collection of Eiffel Towers and did countless school projects on the place and would sometimes speak in this pretty terrible French accent and , well, you get the idea … So, when modalalien offered to translate my short story Temporary into French I was, clearly, very excited. Here it is, the French version of Temporary (with much better sounding title of Juste en attendant) as translated by Damien Allo (thank you so very much for this Damien):

Juste en attendant

Nouvelle

Par Katy Warner

Traduit de l’anglais (Australie) par Damien E. Allo

« Je te paierai pas. Tu sers à rien. Rentre chez toi », dit Charlie en aboyant, sa chemise blanche arborant déjà fièrement de vilaines tâches de sueur.

« Je préfère rester là.

— Je te paye pas pour rester là. Comme je l’ai dit, t’es un foutu bon à rien. »

Sam voulu lui répondre mais ses paroles restèrent bloquées quelque part entre ses poumons et son larynx. Elles restèrent là, coincées dans sa poitrine tant et si bien que des larmes lui vinrent aux yeux. Avant qu’il n’ait pu s’en empêcher, l’une d’elles s’èchappa et roula triomphalement sur sa joue.

« Bon sang, mais-Rentre chez toi.» Comme il lui tendait un mouchoir, les vociférations de Charlie se firent un peu moins virulantes.

Sam dètestait son boulot. Il avait eu dans l’idèe de dèmissionner au moment même où il avait commencè. Mais elle lui avait dit que c’ètait juste en attendant, et elle le pensait vraiment. A l’époque. Bien súr qu’elle le pensait vraiment.

Les néons vacillèrent en grésillant. Il observa un papillon occupè à s’abrutir contre la protection en plastique du luminaire.

« Regardez-moi ce petit bonhomme », dit-il comme pour lui-même. Il fallait toujours qu’il fasse ça, se parler comme à lui-même. Ça la rendait folle, elle le lui avait dit en lui lançant un de ces regards qui voulait dire tu me mets mal à l’aise, on en reparlera une fois à la maison, et qu’il ne connaissait que trop bien.

Charlie, quant-à lui, se contenta de le regarder d’un air absent.

« Bon sang, mais rentre-» mais avant que Charlie ait terminé sa phrase -assez prévisible-, le ding-dong du carillon retentit au niveau des portes coulissantes.

Charlie se redressa sur sa chaise comme un petit animal sauvage.

Le carillon pouvait parfois être trompeur. Il avait tendance à être capricieux et cruel : il ravivait l’espoir du vendeur aux abois qui se voyait persuadè que c’ètait là la vente qu’il attendait, pour finalement se rendre compte que ce n’ètait que l’effet du vent. Sam se plaisait à imaginer que ce n’ètait pas le vent mais des fantômes qui ne s’ètaient pas encore rendu compte de leur mort et qui continuaient leur train-train habituel et se rendaient dans les magasins de meubles en se demandant pourquoi les vendeurs les ignoraient… Il s’en ètait confiè à Charlie qui l’avait regardè bizarrement puis lui avait dit qu’il fallait passer l’aspirateur. Sam passait son temps avec l’aspirateur : il avait davantage l’impression d’être employè au nettoyage qu’à la vente.

Le carillon continuait à faire ding-dong alors qu’un jeune couple un peu mal à l’aise se tenait à l’entrèe du magasin. Charlie rèajusta sa cravate, fourra un bonbon à la menthe dans sa bouche et saisit son bloc-notes. « Il n’y a rien d’inscrit dessus, mais ça vous donne l’air

important. Les clients sont sensibles à ce genre de choses. Tout ça fait partie de ma technique », lui avait confié Charlie le premier jour.

Charlie se leva et rentra sa chemise dans son pantalon : son ventre d’amateur de biére s’affirmait de plus en plus et s’accommodait mal des exigences d’une tenue de commercial. Son ventre imposant repoussait constamment sa chemise en dehors de son pantalon, forçait la boucle de sa ceinture et faisait sauter ses boutons. Il tenait pour responsables les fabricants de vêtements, le pressing ou sa femme, mais jamais la bière, la friture ou les généreuses quantités de beignets à la crème ou à la confiture qui accompagnaient sa pause café matinale. Sam gonflait parfois son ventre à la maison en la prévenant que, lui aussi, pourrait ressembler à ça un jour. Elle riait alors de cette façon bien à elle et lui disait qu’elle l’aimerait même s’il devenait trés gros et ajoutait que c’ètait un boulot juste en attendant, de toute façon, et qu’il ne ferait pas ça toute sa vie. Il ne lui avait rien dit, mais il avait remarqué que ses pantalons devenaient de plus en plus justes et que son visage avait pris des rondeurs. Chaque nuit, une fois qu’il pensait qu’elle s’ètait endormie, il faisait cinquante abdos sans faire de bruit.

Charlie s’empara de sa veste de costume sur le dossier de sa chaise et l’enfila en prenant son temps. Sam avait plaisir à observer les préparatifs de Charlie avant une vente. « Il faut pas donner l’impression d’être aux abois », voilà une autre perle de sagesse dont Charlie avait gentiment fait profiter Sam lors de son premier jour. Malheureusement, les clients devenaient une espèce de plus en plus rare au Merveilleux Magasin de Meubles de Charlie et la devise

“faut pas avoir l’air aux abois” revenait souvent à perdre des clients avant même d’avoir pu accrocher leur regard. Sam tenait les néons pour responsables, Charlie, lui, en voulait à la situation économique, à la concurrence, à lui-même.

On entendait toujours le ding-dong du carillon, tout heureux d’avoir l’occasion d’annoncer de vrais clients plutôt que ces fichus fantômes qui s’entêtaient à frèquenter les magasins de meubles au mépris de leur mort. Le jeune couple passa le magasin en revue tout en restant tranquillement sur le tapis d’accueil (Charlie disait que les clients sont réceptifs à ce genre de choses, cela rendait le magasin accueillant tout simplement parce que c’ètait ce qui ètait ècrit sur le tapis) et ils se parlèrent ensuite à voix basse. On aurait dit qu’ils prèparaient leur évasion.

« Il faut que je leur mette le grappin dessus. Ne… T’as qu’à… »

Il agitait les bras en vain tout en se prècipitant vers le couple, l’haleine rafraichie, le bloc-notes à la main et la chemise bien rentrée.

Sam savait ce que voulait dire l’agitation des bras : Ne t’approche pas des clients. Il avait pu voir ces bras s’agiter en de nombreuses occasions, particulièrement lors de son premier mois de présence durant lequel il avait été forcé de porter le badge humiliant “en formation” et de rire à gorge dèployèe à chaque fois qu’un client s’essayait à un mot d’esprit au sujet de son “badge d’identification”.

« Ca vient d’où ? », demandaient-ils avec un petit sourire narquois.

Je vous demande pardon ? répondait-il en faisant semblant de ne pas comprendre.

Votre nom, là. Ils montraient alors le badge en voulant souligner la drôlerie de leur blague. En formation. »

Ils prenaient alors toujours un accent terriblement moqueur – français, allemand ou autre – Monsieur Information, Herr Enformazion. Alors, il riait et ils se félicitaient de leur ingéniosité en continuant à “juste jeter un œil” avant de partir en lançant “à bientôt M. Formation”, mais sans canapé, ni table basse ou autre coussins à cinq dollars -ce qui était purement du vol¬mais, non merci, pas aujourd’hui… Il dètestait les clients. Il lui avait bien dit qu’il n’ètait pas fait pour le contact avec la clientéle et elle ètait partie de son rire en lui disant que c’ètait juste en attendant.

Il regardait Charlie essayer de convaincre le couple de quitter le tapis d’accueil et de faire un petit tour du magasin. Charlie leur servirait de guide. Il serait leur ami. Leur assistant. « Ne te présente jamais comme assistant des ventes » lui avait-il dit. « Ca repousse les gens ».

Le jeune couple avait l’air aussi paumé que le papillon qui continuait de se cogner contre le plafonnier. Sam se demanda si ils avaient eux aussi ètè attirès à l’intèrieur par les nèons.

Il se rappela avoir été dans des magasins pareils à celui-ci. Il se souvint combien il avait été déconcerté en se demandant pourquoi diable ils avaient besoin d’un nouveau canapè alors que celui qu’il avait rècupèrè auprés de la dèchetterie convenait parfaitement et donnait un bon exemple de réduction de notre empreinte carbone, de recyclage et d’action positive pour l’environnement car, aprés tout, c’ètait elle la soi-disant écolo, et comment pouvait-elle se plier au gâchis de l’occident, à cette aviditè capitaliste… Il soupira. Pourquoi ne pouvait-il se rappeler que des disputes ?

Sam regarda le couple alors qu’ils s’intèressaient au matelas 140. Ils avaient l’air de poupées dèmesurèes, allongès l’un à côtè de l’autre, chaussures aux pieds, les bras le long du corps, immobiles et sans porter d’attention à Charlie qui soulignait les vertus de la mousse, des ressorts, des coutures. Sam regarda la femme prendre la main de son compagnon. Sam regarda l’homme porter la main à ses lévres et l’embrasser. Sam la regarda prendre sa tête dans ses mains. Sam regarda Charlie, dans son embarras et par politesse, se tourner vers son bloc-notes et se racler la gorge. Sam observa cette scène de tendresse se poursuivre tandis que le papillon se cognait contre les nèons que l’on entendait grésiller au plafond. Sam regarda la femme dire à l’homme qu’on les regardait. Sam regarda la femme le montrer du doigt.

« Tu regardes quoi, là ? », lui hurla le jeune homme sur le matelas.

Sam se rappela comme elle était allongé de la sorte ; elle avait eu l’air d’une petite poupèe en porcelaine sur le matelas, les bras le long du corps, immobile et sans porter attention à quoi que ce soit. Il ne s’ètait pas attendu à ce que ça ait l’air, à ce qu’elle est l’air si irréelle. Allongès sur le dos, l’un à côtè de l’autre, les bras le long de son corps, il avait pris une de ses mains dèlicates dans la sienne et l’avait embrassèe, il avait pris sa tête dans ses mains, il avait prononcé son nom, il lui avait caressè les cheveux, il avait appelè l’infirmiére, il avait dit au-revoir. Il l’avait senti venir, même si elle avait insistè, à chaque ètape, que c’ètait juste en attendant : la chute des cheveux, les injections, les vomissements, les salles d’attente…

« Ho ! Abruti ! C’est quoi ton probléme ?»

Sam ne savait pas où aller, alors il était venu au boulot ; son boulot juste en attendant.

Le jeune homme se précipita sur Sam. La jeune femme ricana. Charlie agita les bras en vain. Sam continua à regarder en clignant des yeux et en respirant, et en écoutant le bruit sourd de ce pauvre papillon.

« Il ne lâche pas le morceau. Quel entêtement, petit bonhomme ! », dit-il, comme pour lui¬même.

Malheureusement, il y avait quelqu’un qui n’ètait pas lui-même et qui crut que Sam s’adressait à lui.

L’homme s’approcha de Sam, l’haleine chargée de relents de fast food et de boissons ènergisantes sucrèes. Sam regarda les lévres de l’homme qui, un instant auparavant, avaient embrassé la main de la jeune femme se retrousser soudainement et se déformer en un torrent d’insultes. La jeune femme apparu derrière l’èpaule de son compagnon et le tira en arriére. Sam regarda la main de la femme qui, un instant auparavant, tenait encore la tête du jeune homme se changer soudainement en doigt d’honneur.

Le ding-dong du carillon se fit entendre : ils étaient partis.

Charlie se trouvait sur le tapis d’accueil, agitant les bras en vain, en rythme avec le ding-dong.

« Bon sang, Sam, Bon… » Charlie remit le bloc-notes dans le tiroir, raccrocha sa veste de costume sur le dossier de sa chaise, sortit sa chemise de son pantalon et expira pour ce qui parut une éternité.

« Je sais, Je sais. Je vais… » Il pensa à retourner à la maison. Habituellement, lorsqu’il arrivait au parking du Merveilleux Magasin de Meubles de Charlie, tout ce à quoi il pensait, c’ètait de faire demi-tour et de rentrer à la maison.

Au-dessus de lui, le papillon s’èpuisait à virevolter autour de la lumiére.

Le boulot de Sam consistait aussi souvent à rèpandre de l’insecticide sur les papillons ou à leur porter un coup fatal à l’aide d’un journal roulè sur lui-même. Mais pas aujourd’hui. Charlie regarda Sam se mettre debout sur le bureau, tendre la main vers la lumière et recueillir le paillon dans ses mains avec soin. Il regarda Sam traverser le magasin en tenant le papillon captif entre ses mains. Il entendit le ding-dong du carillon au moment où Sam relâcha le papillon sur le parking.

Sam, silhouette esseulèe sur un tapis d’accueil, regarda le papillon s’envoler jusqu’à ce qu’il le perde de vue.

« Viens manger un beignet », lui lança Charlie.

Sam s’essuya les pieds sur le tapis et retourna à son boulot, juste en attendant.

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